Articles botaniques

Andrena sp en vol ©Erwan Balança

Impact des modalités de gestion des espaces herbacés sur les abeilles sauvages

Article Olivier Lambert (CVFSE), Philippe Férard (JB Nantes)
Abeille sur Hypochaeris radicata
©Olivier Lambert

Déclin des populations d'abeilles sauvages

Les populations d'abeilles sauvages et domestiques subissent actuellement un déclin généralisé et plusieurs facteurs sont incriminés

- utilisation massive et systématique des pesticides,

- modification profonde des paysages et raréfaction des ressources alimentaires et de nidification en lien avec l'urbanisation,

- industrialisation et agriculture,

- réchauffement climatique …

L'activité pollinisatrice des insectes est toutefois essentielle au maintien de la biodiversité et à la production agricole car elle assure la reproduction de près de 80 % des plantes à fleurs.

De nombreuses études ont mis en évidence le rôle essentiel des aménagements et des modes de gestion des espaces sur la présence et le maintien de ces insectes pollinisateurs indispensables. Dans ce contexte, le Centre Vétérinaire de la Faune Sauvage et des Ecosystèmes des Pays de la Loire (CVFSE/Oniris), le Service Espaces Verts et Environnement de la Ville de Nantes et Nantes Métropole Aménagement se sont associés pour mener une étude dont l'objectif était d'évaluer les préférences alimentaires des abeilles sauvages sur les espaces herbacés et de définir quelle modalité d'entretien en terme de date et de fréquence de fauches/tontes permet la présence et le maintien des abeilles sauvages pour mieux les prendre en compte dans les politiques d'aménagement et de gestion des espaces verts de la Ville.

Situation des 3 sites
©Olivier Lambert

3 sites étudiés

Trois sites de la Ville de Nantes ont été prospectés en 2016 : la Bottière-Chénaie, le Parc du Grand Blottereau et le Bois des Anses (Doulon Gohards) ; sur chacun des sites, 4 zones herbacées ont été choisies et ont fait l'objet d'un plan d'entretien spécifique :
  • - la zone 1 a été tondue régulièrement -> pelouse à usage multiple
  • - la zone 2 fauchée mi-mai -> fauche précoce
  • - la zone 3 est fauchée mi-juin/fin-juin ->fauche d'exportation
  • - et la zone 4 fauchée en septembre ->fauche tardive

Chaque zone de chaque site a été prospectée une fois par mois entre avril et septembre 2016 : les prospections ont été réalisées par deux personnes parcourant alternativement chaque zone pendant 10 minutes, et capturant au filet l'ensemble des abeilles sauvages rencontrées. Les plantes sur lesquelles les abeilles capturées butinaient ont été identifiées. En parallèle et à chaque prospection, des relevés phytosociologiques ont été réalisés sur les différentes zones.

414 abeilles identifiées

Au total, 414 abeilles sauvages ont été capturées et identifiées. Elles appartiennent à 15 genres différents et 56 espèces.

4 genres représentent 88 % des captures dont

  • 40 % de Lasioglossum
  • 22 % de Bombus
  • 16 % d'Halictus
  • 10 % d'Andrena

4 espèces représentent 53 % des captures dont

  • 22 % pour Lasioglossum malachurum
  • 13 % pour Halictus scabiosae
  • 12 % pour Bombus pascuorum
  • 6% pour Bombus lapidarius

Pour 22 espèces (40 % des espèces), seul 1 individu a été capturé (5 % des captures).

Bois des Anses Zones 1-4
©Olivier Lambert

Sites

abeilles capturées

genres identifiés

espèces identifiées

Bottière Chênaie

149

14

41

Grand Blottereau

185

10

34

Bois des Anses

80

5

18

TOTAL

414

15

56

Bottiere Zone 2
©Olivier Lambert
Grand-Blottereau zone 3
©Olivier Lambert

Fréquentation suivant les floraisons

Les zones des sites étudiés sont inégales en terme de couvertures floristiques et de communautés d'abeilles sauvages :

-> alors que les 4 zones du site du Bois des Anses présentent la plus grande diversité floristique avec 88 espèces différentes, elles ont permis le plus faible nombre de captures avec 80 abeilles sauvages

-> à l'inverse le Grand Blottereau avec la plus faible diversité floristique, 54 espèces différentes, a entraîné le plus grand nombre de captures avec 185 abeilles sauvages ;

-> les zones de la Bottière Chénaie sont intermédiaires avec 81 espèces végétales recensées et 149 abeilles sauvages capturées

La fréquentation des différentes zones par les abeilles sauvages dépend de la présence et de la floraison de certaines espèces végétales, "plantes ressources alimentaires" qui sont utilisées pour la collecte du nectar et/ou du pollen en lien direct avec l'histoire du site et les modalités de gestion. Les abeilles sauvages capturées majoritairement sont des espèces communes et généralistes, avec un spectre alimentaire assez large.

Geranium molle
©Olivier Lambert

27 espèces végétales utilisées par les abeilles

Sur l'ensemble des différentes zones de tous les sites , seules 27 espèces végétales ont été utilisées par les abeilles dont 1/3 (9 espèces) regroupe près de 90 % des abeilles sauvages capturées. Ainsi, Hypochaeris radicata (Porcelle enracinée), Trifolium pratense (Trèfle des prés), Crepis capillaris (Crépide à tiges capillaires), Convolvulus arvensis (Liseron des champs), Bellis perennis (Pâquerette vivace) constituent les espèces principalement butinées par les abeilles (35 espèces sur les 53 recensées). De manière générale, les abeilles ont été capturées sur des espèces végétales vivaces, dicotylédones, fréquentes sur chacun des sites, fleurissant plutôt sur une longue période et appartenant le plus souvent à la famille des Fabacées ou des Astéracées.

Malva sylvestris
©Olivier Lambert

Fauche et tonte impactent la présence des abeilles

Les différentes modalités de gestion préconisées pour cette expérimentation n'ayant pu être scrupuleusement respectées (conditions météorologiques, problèmes matériels, ...), il est difficile de tirer des conclusions généralisables ; néanmoins les résultats montrent que la fauche et la tonte impactent directement la présence des abeilles sauvages (nette diminution du nombre de captures après un passage) en modifiant la disponibilité des ressources alimentaires.

Helminthotheca echioides
©Olivier Lambert

Si la fauche tardive, modalité 4, pourrait apparaître plus favorable aux abeilles sauvages car conservatrice du couvert végétal et la tonte régulière, modalité 1, sembler négative, les résultats de l'étude sont plus nuancés et montrent que chacune des zones, quelque soit le site, est alternativement plus attractive au cours de la saison.

La conjugaison de chacune des modalités sur un site semble ainsi le compromis idéal pour les abeilles sauvages et vraisemblablement pour de nombreux taxons faunistiques.

Conservation de sites de nidification

Enfin, si les ressources alimentaires sont un élément indispensable à l'installation et au maintien des abeilles sauvages, la présence et la conservation de sites de nidification le sont tout autant. Ces deux types de ressources doivent être présents simultanément et sur un espace restreint : leur gestion adaptée sera le garant de la pérennité des communautés d'abeilles sauvages dans les espaces verts nantais.

Inventaire des captures d’abeilles sauvages – de gauche à droite, Olivier Lambert, Marie Le Brasidec et Doriane Blotière du CVFSE/Oniris
Inventaire des captures d’abeilles sauvages – de gauche à droite, Olivier Lambert, Marie Le Brasidec et Doriane Blotière du CVFSE/Oniris

L' ETUDE COMPLETE 44 pages au format pdf