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Fritillaria meleagris L. subsp. Meleagris

Philippe Férard
Fritillaria Meleagris
©Philippe Férard

Fritillaire pintade

Mais aussi, chaudron, mauve, fritillaire damier, gogane, chaudron , bonnet d’évêque…
en anglais, snake’s head ou tête de serpent, leper-lily ou lis des lépreux
en allemand, kiebizei ou œuf de vanneau.

Fritillaria provient du latin fritillus, cornet à jeter les dés : forme de la fleur liée probablement à l’idée de damier.

Une centaine d’espèces

Les fritillaires, plantes bulbeuses par excellence, appartiennent à la famille des Liliacées. Ce genre compte une centaine d’espèces habitant les zones tempérées de l’hémisphère nord, avec vingt quatre originaires d’Europe. En France, seules 5 fritillaires se rencontrent à l’état spontané dont Fritillaria pyrenaica qui est une espèce endémique des Pyrénées
Par ailleurs, les jardiniers connaissent bien certaines fritillaires exotiques, telle la couronne impériale (Fritillaria imperialis). En provenance du nord de l’Inde, de Perse et de l’Himalaya, cette magnifique plante a été propagée en Europe depuis les parcs impériaux de Vienne où elle a été introduite en 1576. Vénéneux à l’état cru, son bulbe qui dégage une forte odeur, est , semble-t-il réputé pour éloigner les taupes.

Un cycle biologique décalé

Les fritillaires sont des géophytes. Autrement dit, les géophytes sont des végétaux vivaces possédant des tiges souterraines leur servant d’organes de réserve les bulbes, qui leur permettent de passer la mauvaise saison, sèche, sans encombre. En ce qui concerne les fritillaires, en général leur cycle biologique commence par le développement de jeunes feuilles dès l’automne. Ensuite, en fin d’hiver, du sol s’élève une tige grêle d’environ 30-40 cm de hauteur, munie de 3 à 5 feuilles étroites, alternes. La floraison intervient dès les premiers jours du printemps : ainsi, sur les prairies des bords de la Loire, avant que les graminées ne prennent l’avantage, dès la fin mars jusqu’à la fin avril, vous pourrez observer de jolies corolles ressemblant à des oeufs suspendus à une tige où les couleurs pourpre brunâtre et lilas plus clair sont disposées en damier ; vous aurez reconnu: Fritillaria meleagris. En mai, alors que la prairie n’est pas encore trop dense, les fritillaires pintade profitent encore des rayons solaires qui lui parviennent pour transformer leurs ovaires en fruits et leurs ovules en graines. En juin, lorsque l’agriculteur viendra « faire foin » des graminées « en lait », la fritillaire, quant à elle, de ces capsules desséchées et épanouies, en profitera pour disperser sa descendance… ainsi le cycle est-il bouclé, il ne reste plus qu’à attendre patiemment l’automne prochain pour voir reparaître de nouvelles feuilles
Prairie de Mauves
©Philippe Férard

Son autoécologie

La fritillaire pintade, espèce de répartition géographique plutôt localisée au centre de l’Europe, trouve sa limite occidentale dans notre région, ne pénétrant pas dans le Morbihan par exemple. Elle se rencontrait un peu partout en Loire-atlantique, essentiellement dans les prairies humides (hygrophiles) et plus particulièrement dans la vallée de la Loire. La fritillaire pintade a fortement régressé en raison du drainage des terres, de leur mise en culture, de la fertilisation ou de la plantation de peupliers. Cependant, dans l’agglomération nantaise, la Vallée en Bouguenais, les marais de Couëron, les prairies de Mauves par exemple comportent encore de belles populations de fritillaires. On a ainsi pu, lors de relevés effectués sur terrain compter plus d’une centaine de plants fleuris au m².
Sur le plan phytosociologique, Fritillaria meleagris se rencontre surtout dans l’association végétale appelée Bromion racemosi Tüxen 1951 ou « Végétation de prairies fauchées, de plaine, atlantiques à précontinentales ». Les espèces caractéristiques de cette association végétale sont : Bromus racemosus (brome rameux), Hordeum secalinum (orge faux seigle), Oenanthe peucedanifolia (oenanthe à feuille de peucédan), Oenanthe silaifolia (oenanthe intermédiaire), Senecio aquaticus (seneçon aquatique), Orchis laxiflora (orchis à fleurs lâches).
Ainsi, la fritillaire est une géophyte qui croît essentiellement dans les prairies humides de fauche.

La fritillaire pintade, une plante protégée ?

Connaître le cycle biologique d’une espèce peut se révéler très important, surtout lorsqu’il s’agit d’une espèce rare, menacée ou tout simplement faisant partie d’un patrimoine local. Ainsi, lorsque l’on veut préserver les fritillaires dans une prairie, il faut éviter de faire stationner des animaux dans la parcelle pendant la période hivernale, de faucher trop tôt pour permettre la dispersion des graines, de cueillir la tige fleurie munie de ses feuilles. La cueillette de cette plante n’est pas interdite. En effet, la fritillaire pintade n'est pas inscrite sur la liste des espèces protégées en Pays de Loire, cependant, en raison de la raréfaction de son habitat, elle fait partie de la liste rouge des espèces rares ou menacées armoricaines. De plus, en Loire-atlantique, elle est assujettie à un arrêté préfectoral réglementant la cueillette de certaines plantes sauvages qui à l'article 1 stipule qu’en tout temps et sur tout le département 44, il est interdit d'arracher ou de prélever les parties souterraines des espèces suivantes : Muguet (Convallaria majalis), Perce-neige (Galanthus nivalis) jonquille (Narcissus pseudo-narcissus) et Fritillaire pintade. Quant à l’article 2, celui-ci précise qu’en tout temps et sur tout le territoire du département, pour les spécimens des espèces sauvages citées ci-dessus,, il est interdit de cueillir une quantité supérieure à celle qui peut tenir dans une main.

La fritillaire fait donc partie de ces espèces qualifiées de patrimoniales et qui témoignent d’un équilibre subtil entre les différents facteurs écologiques et l’exploitation durable des prairies. Frillaria meleagris, constitue un précieux indicateur à cueillir avec modération et à photographier avec moult précautions (piétinement).