Articles botaniques

Laurus nobilis

Article Claude Figureau
© Seve

Une espèce méditerranéenne dans les marécages nantais.

Nantes est une ville construite à la croisée d'un fleuve, la Loire et de rivières, l'Erdre au nord et la Sèvre nantaise au sud, et de plusieurs ruisseaux, le Cens, la Chézine, le Gesvre, les Gohards et l'Aubinière, constituant une série de ravins naturels convergents pour la plus part vers le centre de la ville et créant des couloirs écologiques dans lesquels subsistent des végétations naturelles, parfois artificialisées.
La zone humide du pré Gauchet fait partie de ce réseau.
Cet espace de 16 ha quasi vierge depuis la dernière guerre mondiale est enchâssée dans un réseau SNCF qui le domine de près de 10 m de hauteur. Il a été étudié durant plus d’1 an par le jardin botanique à partir du printemps 90.
Nantes, situation du Pré Gauchet
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Les saulaies du Salicion albae qui constituent généralement le forêt galerie de la Loire sont bien développées sur ce site proche du fleuve mais elles en sont aujourd'hui coupées par un quartier de grands immeubles. En un endroit, on retrouve même une zone en évolution plus rapide constituant un jeune Alno-Padion.
Nous avons remarqué qu'en de nombreux points, ces associations étaient colonisées par de nombreux pieds de Laurus nobilis, ce qui constituait un voile anthropique caractéristique.
De grands immeubles séparent cet espace de la Loire
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En effet, ces lauriers forment un sous étage très visible et constituent un "réservoir" potentiel d'évolution négative.
Dans ces milieux où le sol est très humide et l'enracinement des saules peu profond on assiste, lors des tempêtes à des chablis des arbres les plus âgés. Il s'agit en fait d'une stratégie : dans ces chutes il n'y a que la moitié des racines qui se soulèvent, les autres suffisamment souples ne cassent pas et continuent à alimenter les arbres, les branches couchées se ré-enracinent, réitèrent alors abondamment et créent des touffes de saules presque impénétrables.
Les saules peuvent ainsi coloniser l'espace autrement que par graines.
Les trouées créées sont favorables aux Lauriers sauce qui sont en attente et trouvent un apport de lumière suffisant pour accélérer leur pousse et coloniser plus activement. Les lauriers remplacent progressivement les saules, une évolution négative se met en place.
La richesse de la végétation qui accompagne les saules disparaît, elle aussi, parce que l'humus produit par les lauriers est d'un type très différent, les feuilles coriaces pourrissent lentement, s'accumulent sur le sol en une litière peu favorable au développent des plantes compagnes des saulaies. Elles disparaissent progressivement, le milieu perd alors de son intérêt.
Pré Gauchet
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Nous nous sommes alors interrogés sur les raisons expliquant la présence des lauriers sur ce site. En effet, ces plantes colonisent habituellement les rocailles, les pieds des murs ou les terrains secs.
Leur origine est connue, beaucoup de jardins environnant possèdent des lauriers sauce qui fructifient. Ces saulaies très isolées servent de reposoir aux oiseaux qui y relâchent les graines issues des baies du laurier dont certains sont très friands.
Mais une interrogation reste, comment de jeunes lauriers sauce peuvent-ils résister à des hivers très humides voire à des inondations temporaires ?

Nous avons trouvé l'explication, en tout cas nous le pensons, dans l'existence d' une association de forêt riveraine très humide : code Corine biotope manual (Cor 44).

Pré Gauchet
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En région méditerranéenne existent des forêts de peupliers, d'ormes et de frênes appartenant pour la plus part au Populion albae (COR 44.6) Ces forêts alluviales méditerranéennes sont multistrates. Dans le sud-est de la France ces forêts galeries sont dominées par le charme Houblon ( Ostrya carpinifolia) avec Ulmus minor , Populus alba, Salix eleagnos, Alnus glutinosa*, Fraxinus ornus, Acer campestre*, Acer opalus, Quercus pubescens*, Cornus sanguinea*, Ligustrum vulgare*, Laurus nobilis, Tamus communis*, Hedera helix*, Viola reichenbachiana*, Euphorbia dulcis*, Brachypodium sylvaticum*, Melica uniflora*, Carex pendula*, Carex digitata,

Cet ensemble de végétation dont on site ici un catalogue restreint des espèces caractéristiques ou constantes font partie de l'association du Melico uniflorae-Ostryetum. Preuve en tout cas, que le Laurier sauce est bien une espèce tolérante à l'eau du moins dans certaines circonstances. Hiver très mouillé et été plutôt sec mais à sol restant frais.
Il retrouve dans ces milieux du pré Gauchet des conditions proches : un sol alluvionnaire inondé en hiver, restant frais en été.
(Le * à la fin d'un nom signifie que cette espèce fait aussi partie de la flore régionale)

Vue aérienne
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Quelques généralités sur le laurier sauce :

Le laurier d'Apollon appelé aussi laurier noble ou laurier glorieux, allusion aux couronnes de laurier dont on ceignait la tête des empereurs mais aussi des vainqueurs chez les Grecs et les Romains, il en a résulté nombre d'expressions pour la gloire "Se couvrir de lauriers" "cueillir des lauriers c'est remporter des victoires. S'endormir sur ces lauriers c'est interrompre une carrière, se reposer sur ses lauriers consiste à prendre un repos bien mérité après des succès éclatants....On le rabaisse aujourd'hui simplement au nom moins glorieux de Laurier sauce en rapport avec son utilisation comme condimentaire.
Les branches couchées se ré-enracinent
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Origine

Le laurier d'Apollon ( Laurus nobilis L.) a été décrit pour la première fois par Carl Von Linné.Il est maintenant répandu dans tout le pourtour méditerranéen mais son origine dans cette région est imprécise.