Articles botaniques

Arbutus Unedo L.

Philippe Férard
Arbutus unedo Cromei
©Philippe Férard
Arbutus unedo Cromei
©Philippe Férard

Généralités :

Systématique

(d’après L. Bray, 2001) :Embranchement des Angiospermae A.Braun & Doell, classe des Asteropsida Brongn. (1843) , Sous-classe des Cornidae Frohe & U. Jensen (1996), Super-ordre de Ericanae Takht. (1996), ordre des Ericales, famille des Ericaceae Juss. (1789), genre Arbutus L.

Origines du nom

Diminutif du latin arbor, petit arbre ou du celtique arbois, fruit raboteux (Coste, 1906).

Répartition géographique

D’après Maberley (Maberley, 1997) le genre " Arbutus " comporte 14 espèces disséminées dans les régions tempérées et fraîches de l’hémisphère nord et en Amérique tropicale.
Sur le continent européen, nous distinguons 2 espèces d’arbousiers: Arbutus unedo et A. andrachnoides L. Ce dernier est cantonné aux régions du pourtour de la mer Egée et en particulier en Grèce et Sud de l’Albanie. Quant à Arbutus unedo, sa répartition géographique est méditerranéo-atlantique (des Abbayes et al., 1971). A la faveur de la clémence du climat qui règne sur les côtes ouest-atlantique, cette aire se prolonge localement et ponctuellement vers le nord-ouest jusqu’en Irlande (Tutin T.G. et al., 1972. Dans le massif armoricain, il est possible de rencontrer l’arbousier, à l’état spontané en Vendée, sur l’île de Noirmoutier en particulier ; ailleurs, il est comme une adventice naturalisée.
Il faut également signaler l’existence de l’hybride Arbutus X andrachnoides. Cette espèce est issue du croisement naturel entre A. unedo et A. andrachnoïdes.
à l'ombre : modèle de Scarrone
au soleil : modèle de Leeuwwenberg

Description botanique d’Arbutus unedo :

Il se présente généralement sous la forme d’un arbrisseau à feuillage persistant, d’1.50m à 3m de hauteur. Occasionnellement, il peut s’élever jusqu’à 10-12m.

Tronc et ramifications

Sur le plan architectural, l’arbousier peut adopter deux types comportements selon sa situation écologique. En pleine lumière, son architecture s’apparente au modèle de Leeuvenberg (A.D. Bell, 1993) : il s’agit d’un développement sympodial où plusieurs ramifications latérales prennent le relais de l’axe primaire (Hallé et Oldemann, 1970). Lorsqu’il se retrouve à l’ombre de la forêt, il édifie un tronc monopodial et son modèle architectural se rapporte à celui de Scarrone (A.D. Bell, 1993). Dans ce cas, on observe un accroissement indéfini et cyclique du tronc ; seules les ramifications latérales réparties le long du tronc adoptent une structure sympodiale.
Ecorce A. andrachnoides
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Ecorce

Les jeunes rameaux sont rouges, rudes et poilus (glabres chez A. andrachne). Devenue âgée, l’écorce devient brun terne, se fissure et finit par s’exfolier par petites plaques.

Feuilles

Elles sont oblongues-lancéolées, glabres, alternes, coriaces et luisantes sur le dessus. Elles mesurent de 5 à 11 cm de long et de 1.5 à 4 cm de large. Les bord du limbe sont dentés en scie ou parfois sub-entières. Le pétiole mesure 10mm ou moins.

Fleurs

Elles sont rassemblées en grappes rameuses et terminales. Les fleurs sont hermaphrodites, actinomorphes (régulières) et possèdent 10 étamines. Le calice gamosépale possède 5 lobes courts. La corolle gamopétale de 5 à 7 mm de longueur forme un petit grelot de couleur blanchâtre qui devient caduque avant la fanaison de la fleur. Chaque extrémité des 5 pétales soudés se termine par une courte dent enroulée en dehors.

Fruits

L’arbousier est un des rares végétaux qui porte en même temps des fleurs et des fruits l’automne arrivé, les fleurs s ‘épanouissent et côtoient les fruits mûrs formés au cours de l’année précédente. Cet arbrisseau porte des baies charnues (à 5 loges), globuleuses, indéhiscentes de 20 mm de diamètre, rouge vif à maturité. Elles sont couvertes de tubercules pyramidaux-coniques ; leur conférant cet aspect rugueux caractéristique. Chacune des loges renferme 4 ou 5 graines.
Cistus salvaefolius
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Ecologie et habitat :

Cette espèce thermophile, mais assez résistante au froid, se rencontre entre 0 et 600m d’altitude (parfois jusqu’à 1000m. Héliophile et xérophile, l’arbousier occupe les lisères et sous-bois de la forêt de chênes verts sur substrat acide Quercion ilicis et Quercion suberis (Guinochet et de Vilmorin, 1987) . On le rencontre également dans des formations de type garrigue.
Dans le sous-secteur phytogéographique armoricain, au niveau des boisements de la série latéméditérannéenne (Corillion, 1965) de Noirmoutier, il forme un sous-étage en compagnie du chêne vert (Quercus ilex). Ainsi dans le bois de la Chaize, le sous- bois est dominé par le houppier des pins maritimes (Pinus pinaster). Le sous-sol constitué de grés génère ici des sols siliceux favorisant l’expression de végétaux acidophiles au niveau des strates inférieures Arenaria montana, Calluna vulgaris, Erica cinerea, Erica scoparia, Lonicera periclimenum,, Pteridium aquilinum,
Rubia peregrina, Ruscus aculeatus, Simethis planifolia, Ulex europaeus, Veronica officinalis
… Quant au boisements situés à proximité de l’Herbaudière, en l’absence du pin maritime, la chênaie yeuse primitive s’est maintenue. Ici, la forêt s’est établie sur des sables dunaires. En raison de la densité du boisement, l’arbousier occupe essentiellement les lisières ou les clairières. Le cortège floristique de cette chênaie yeuse est teinté d’un caractère méditerranéen marqué; on y rencontre en particulier Cistus salvifolius, Clematis flammula, Daphne gnidium, Rhamnus alaternus
Selon la terminologie des habitats européens adoptée dans " CORINE biotopes, 1997 ", Arbutus Unedo se rencontre au niveau des forêts de chênes verts méso- et supra méditerranéennes (code Cor. 45.3).
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Usages et propriétés :

Les fruits, de saveur un peu fade sont comestibles .On peut les utiliser en les saupoudrant de sucre et en les arrosant avec un vin de liqueur ou de l’alcool (Bois, 1928) .Ils peuvent aussi donner par fermentation de l’eau de vie. Le bois est un excellent combustible (Coste, 1906).
Les fruits et les feuilles contiennent des tanin et anthocyanosides. Ils possèdent des propriétés antidiarrhéhiques, anti-inflammatoire et favorise une stimulation sanguine (Spichiger et al, 2000).

Divers :

En région méditerranéenne, la feuille de l’arbousier est consommée par la chenille d’un papillon spécifique la Nymphale de l’arbousier (Charaxes jasius) . L’adulte, magnifique papillon aux couleurs chatoyantes, est très familier dans le sud de la France pendant toute la période estivale (Moutte, 1980).
Gérard Cusset (Cusset, 1997) indique l’existance de nodules radiculaires renfermant des mycorhizes endotrophes ; ces dernières envahissant, par ailleurs, différents tissus de la plupart des représentants de l’Ordre des Ericales.
unedo remarquable domicile collectif du Broussais
© Seve

Bibliographie :

Bell (A.D.) –1993. Les Plantes à fleurs : Guide morphologique illustré. Masson éd., Paris. 340 p.
Bois (D) – 1928. Les Fruits (Réédition). Editions Rive Droite – Société Nationale de l’Horticulture Française, Paris 1996. 403-404
Bray (L.) - 2001. Plantes à fleurs d’Europe occidentale- Systématique évolutive. Diderot Editeur, Arts et Sciences, Paris. 272 p.
Chinery (M.) – 1986. Insectes de France et d'Europe occidentale, édition française -1988. Les Editions Arthaud, Paris. 116-117.
Corillion (R.) – 1965. Carte de la Végétation de la France n°37 Nantes. Centre National de la recherche Scientifique, Toulouse.
Coste (H.) - 1990. Flore descriptive illustrée de la France. Tome I. Réédition de 1906. Edition A . Blanchard, Paris. 505-507.
Cusset (G.) –1997. Botanique les embryophytes. Editions Masson, Paris. 512p.
des Abbayes (H.), Claustres (G.), Corillion (R.) & Dupont (P.) - 1971. Flore et végétation du Massif Armoricain, Tome 1. Presses Universitaires de Bretagne, Saint-Bieuc. 1226 p.
Férard (P.) - 2001. Compte-rendu d’herborisation sur île de Noirmoutier avril 2001 (à paraître). Société des Sciences Naturelles de l’Ouest de la France. 4p.
Figureau et Férard - 1993. Compte-rendu d’herborisation , Noirmoutier, 25 mars 1993 (inédit) . Jardin Botanique de la Ville de Nantes. 5p.
Guinochet (M. ) & de Vilmorin (R.) – 1987. Flore de France, tome 4. Editions du Centre National de la Recherche Scientifique, Paris. 1337- 1338.
Hallé (F.) & Oldeman (R.A.A.) – 1970. Essai sur l'Architecture et la Dynamique de Croissance des Arbres Tropicaux. Masson et Cie. Editeurs, Paris. 178p.
Mabberley (D.J.) – 1997. The Plant Book, A portable dictionary of the vascular plants. Seconde édition, Cambridge University Press,Cambridge. 858 p.
Moutte (P) –1980. Découverte de la Flore. Cahiers du Parc national de Port-Cros, n°2 été 1980. 48 p.
Bissardon (M.) et Guibal (L.) – 1997. CORINE biotopes, Version originale, Type d’habitats français. Travail réalisé sous la direction de J.C. Rameau. Laboratoire de Recherche en Sciences Forestières, Ecole Nationale du Génie Rural, des Euaux et des Forêts, Nancy. 217 p.
Spichiger (R-E.), Savolainen (V.) & Figeat (M.), 2000. Botanique systématique des plantes à fleurs. Presses polytechniques et universitaires romandes, 1ére édition, Lausanne. 372 p.
Stace (C.), 1997. New Flora of British Isles ,Second edition. Cambridge University Press, Cambridge 1997. 1130p
Tutin (T.G.) & al. 1972. Flora europaea, Vol. 3 : Diapensiaceae to Myoporaceae, 2sd édition (1996),Cambridge University Press, Cambridge. 5 – 11.