Parcs et jardins

Jardin des plantes, les statues

La baigneuse au miroir au jardin des plantes photo JD Billaud
La sculpture est un art qui s'est exprimé dans le jardin en maintes occasions et les oeuvres, qu'elles aient persisté ou qu'elles aient disparu, sont autant de jalons marquant le décor et l'histoire du lieu.
L'oeuvre la plus ancienne conservée au jardin est une tête de femme symbolisant l'horticulture et destinée à décorer une fontaine construite en 1839. Malheureusement, réalisée dans une pierre trop tendre pour supporter la rigueur des intempéries, l'effigie a du être abritée à l'intérieur d'une salle de réunions.
Il faut ensuite évoquer l'oeuvre de Louis Thomas. Ce sculpteur nantais est intervenu à plusieurs reprises parfois pour de simples travaux de gravure, plaques dédiées à Jussieux et à De Candolle mais il réalise aussi un travail plus important de sculpture sur les piliers du portail d'honneur. Enfin, il est probablement l'auteur des stèles dédiées aux quatre saisons et décorant la façade de l'orangerie.
Ce n'est que le 4 Juin 1893 qu'une nouvelle statue est inaugurée. Réalisé grâce à une souscription, le buste d'Ecorchard est modelé par Charles Lebourg et coulé à la Fonderie Voruz. Comme beaucoup d'oeuvres de bronze, celle-ci disparaît pendant la dernière guerre. Il faut attendre 1982, à l'occasion du centenaire de la mort d'Ecorchard, pour qu'une copie soit réalisée par le sculpteur Alain Douillard. Charles Lebourg, auteur du premier buste, est aussi présent au jardin à travers les fontaines Wallace, oeuvre pour laquelle sa paternité est souvent méconnue. C'est en 1873 que Richard Wallace, philanthrope anglais, dote la ville de Paris de "Fontaines à boire" qui porteront son nom. Si chaque pièce indique que la fonte a été exécutée par la Société des Hauts Fourneaux et Fonderies du Val d'Orne, le public ignore souvent que le modèle de ces édicules est l'oeuvre du nantais Lebourg.
Trois autres statues ornent le jardin. La première fait face à Ecorchard à l'autre extrémité de l'allée de la musique. Elle représente Jules Verne. La notoriété de son oeuvre a fait de cet écrivain le nantais le plus connu de par le monde. Le buste de pierre qui remplaça l'effigie de bronze en 1945 est due au ciseau de Jean Mazuet. Les deux autres statues représentent des femmes. La première, La baigneuse au miroir date de 1909 et a été réalisée par A. Philippe, l'autre, La femme à la gerbe est plus récente (1940), elle est l'oeuvre de D. Gélin.
Pour être complet dans cette évocation des sculptures du jardin, il faut enfin citer le médaillon, oeuvre de Paul Dauce, situé sur le pilier droit de l'entrée principale. Il est dédié à Elisa Mercoeur. Cette nantaise, jeune poètesse prodige, écrit ses premiers vers à l'âge de 11 ans et son talent est reconnu par Lamartine et Chateaubriand. Malheureusement, elle meurt de phtisie à 26 ans.
Mais au terme de ce chapitre, il ne faudrait pas oublier les sculptures aujourd'hui disparues des deux groupes animaliers qui ont illustré tant de cartes postales au début du siècle.
Le premier arrive à Nantes en 1908 ; l'oeuvre représentant des mouflons est due à Valton. Une lettre du Préfet confirme l'envoi par le Ministre de la Culture. La ville doit payer l'emballage et le transport.
Deux ans après, Guist'hau, sous-secrétaire d'état aux Beaux Arts, fait attribuer à la ville un second groupe représentant 3 cerfs et réalisé par Gardet. Il ne faudra pas moins de deux ans et un copieux échange de correspondances pour mettre au point le financement de l'opération. La statue coulée aux Fonderies Artistiques Malesset et Thiébaut Frères, 28 Bis Rue Guersent à Paris est transportée sur camion d'un seul bloc par la Société de Transport J. Schreter. L'ensemble, y compris le camion, atteint 5,10 mètres de haut, ce qui doit poser de nombreux problèmes tout le long de l'itinéraire. Après un trajet de quatre jours, le groupe arrive à bon port le 5 Août 1911.

Moins de 30 ans plus tard, c'est la guerre ; dramatique pour les hommes, cette période l'est aussi pour les statues. Les "mouflons" disparaissent sans laisser de trace mais les "cerfs" sont momentanément sauvés et mis à l'abri. Malheureusement, la "traversée du désert" continue pour le groupe qui a perdu un de ses éléments. Conservés dans un dépôt municipal, les cerfs attendent qu'un généreux mécène aide à leur restauration afin qu'ils puissent retrouver leur place au jardin.