Météorologie

Constat hiver 1985

Jacques Soignon

  • L'hiver 1985 fut à Nantes particulièrement rigoureux, mettant à mal de nombreuses plantes. L'occasion de réaliser un bilan de leur résistance au froid.
  • Cristaux de glaceConifères
  • Les conifères ont dans l'ensemble remarquablement résisté au froid et si ce résultat était prévisible pour les épiceas, abies, thuyas, tsugas et autres espèces plus nordiques, nous pouvions raisonnablement avoir quelques inquiétudes pour des végétaux d'origine plus méridionale.
    Les pins dans leur ensemble se sont bien comportés à l'exception de Pinus canariensis et dans une moindre mesure du pin de Monterey (Pinus radiata), mais qui souffrait déjà depuis quelques années d'un dépérissement physiologique.
    Des espèces telles que les sapins de Chine ou de Formose (Cunninghamia sinensis et Cunninghamia konishii) ont justifié leur réputation de bonne rusticité sous nos climats. Ils ont résisté à -24°C.
    Les dégâts les plus sévères ont été observés sur les cyprès et surtout chez Cupressus macrocarpa . Il apparaît d'ailleurs que les individus conduits en haies sont les plus touchés.
    Les superbes Cupressus cashmeriana au port très pleureur du Parc de Procé et de la Beaujoire ont ainsi complètement dépéri.

    Les dégâts enregistrés dans d'autres régions de l'Ouest moins clémentes que celle de Nantes ont été beaucoup plus importants.
    Ainsi, à Gorron (Mayenne) où les températures sont descendues en-deçà de - 20°C, les cèdres ont beaucoup souffert et, en particulier, Cedrus deodara malgré son origine Himalayenne.
    Araucaria araucana qui, chez nous, a conservé sa belle vitalité , cause là-bas le désespoir de ses propriétaires.
    Enfin, Cupressocyparis leylandii et surtout son cultivar Castelwellan gold n'ont pas résisté à cette vague de froid alors qu'à Nantes leur végétation a été tout à fait normale.
  • Cristaux de glacePalmiers et bananiers
  • Les palmiers ont dans leur ensemble subi de graves dommages, ceci a eu bien sûr des conséquences catastrophiques sur la Côte d'Azur. Peut-on imaginer la Promenade des Anglais sans ses superbes Phoenix des Canaries ?
    Sous notre climat (qui nous le rappelons était à peine plus rigoureux qu'à Marseille), seules deux espèces de palmiers ont survécu Trachycarpus fortunei ou palmier chinois et Chamaerops humilis. Le palmier nain, seul représentant d'origine européenne (pourtour méditerranéen) : sa forme argentée n'a cependant pas survécu au Jardin des Plantes.
    Il apparaît également que Butia capitata pourrait être rustique à Nantes.
    Enfin, si les Washingtonia ont gelé au Jardin des Plantes, il semble que sur la Côte d'Azur leur résistance ait été meilleure que chez les Phoenix.
    Les bananiers (Musa bajoo) ont passé l'hiver sans grand dommage et même à - 20°C et sans protection, ils sont repartis de souche.
  • Cristaux de glaceFeuillus persistants
  • Nous avons déjà vu que les feuillus persistants étaient particulièrement exposés au gel de par leur type de végétation (activité continue en hiver).
    Les Eucalyptus ont été bien sûr parmi les plus touchés et, sur la collection du Grand-Blottereau, et de la Plaine de Jeux de la Jonelière, on dénombre très peu de rescapés.
    L'espèce la mieux acclimatée semble être Eucalyptus gunnii dont certains exemplaires n'ont été que partiellement brûlés. A noter également la résistance exceptionnelle d'un Eucalyptus glaucescens.
    Rejettent de souche Eucalyptus coccifera, Eucalyptus viminalis, Eucalyptus goniocalyx, Eucalyptus bidgesiana, Eucalyptus sieberi, Eucalyptus melliodora.
    Il semblerait également que dans la propriété d'un Nantais passionné d'Eucalyptus, Eucalyptus archeri et Eucalyptus parvifolia ont parfaitement résisté.
    Chez les chênes persistants, les dégâts sont très variables selon les essences. Quercus myrsinaefolia et Quercus mirbeckii se sont tous deux parfaitement comportés. A l'inverse, les quelques individus de Quercus incana et Quercus glauca ont tous été détruits.
    Quercus turneri, Quercus hispanica et Quercus marylandica ont subi des décollements d'écorce. Quant à notre chêne liège (Quercus suber), une bonne partie du feuillage a dépéri. Curieusement, ceci a provoqué pendant l'été un redémarrage de nombreux rameaux sur le tronc à travers même l'épaisseur de l'écorce. On peut penser que le liège a vraisemblablement préservé les assises génératrices de l'arbre et les vaisseaux conducteurs de sève, en jouant le rôle d'isolant thermique.
    L'Olivier commun (Olea europaea) et le Mimosa (Acacia dealbata) ont subi des dommages irrémédiables par éclatement de l'écorce. Cependant, on a observé avec beaucoup de retard le redémarrage des jeunes pousses, quelquefois même à bonne distance de l'ancien tronc. En effet, ces deux arbres sont parmi les rares espèces à pouvoir régénérer de nouveaux bourgeons à partir du tissu racinaire. A noter également que quelques vieux oliviers très tortueux venant des Alpes de Haute-Provence ont passé beaucoup mieux l'hiver. Leur origine plus montagnarde et leur végétation plus ralentie peut expliquer ce comportement.
    Toujours chez les essences méditerranéennes, le laurier-sauce (Laurus nobilis) aurait bien besoin dans certains cas de fleurs et couronnes, car, très tardivement, de nombreux rameaux se sont complètement desséchés, ce qui a pu quelquefois provoquer la mort (pyramides à la Porte de l'Hôtel Rosmadec).
    Umbellularia californica, le Laurier de Californie, malgré sa réputation de faible rusticité s'avère une bonne espèce en région nantaise si l'on se réfère aux splendides spécimens du Jardin des Plantes ou du Parc de Procé.
    Par contre, Hoheria glabrata reste à utiliser sous des climats plus doux. Chez les arbousiers et les Photinias, seul le feuillage a été légèrement atteint.
    Enfin, les Magnolias restent des essences relativement rustiques, même si l'on a constaté une chute prématurée des feuilles de troisième année chez Magnolia grandiflora, et un roussissement chez Magnolia figo et Magnolia glauca, Magnolia grandiflora a d'ailleurs bien résisté jusqu'à Bourg en Bresse (température minimale de -20°C. Les dégâts chez Magnolia delavayi et Magnolia nitida sont très variables et peuvent aller du dépérissement partiel à la mort totale de l'arbre.
  • Cristaux de glaceArbres caduques
  • Le plus souvent, les arbres caduques ont parfaitement résisté au froid hivernal grâce à leur mode de végétation (repos en hiver).
    Cependant, là où le gel a été particulièrement rude (surtout dans le centre de la France), certaines espèces ont beaucoup souffert.
    Ainsi, il nous a été relaté de nombreux cas d'explosions d'écorce chez des platanes. Notons d'ailleurs que cette essence a un arrêt de végétation très tardif ceci explique cela.
    Les arbres au tronc creux n'ont pas résisté à la pression interne exercée sur les tissus par le gel de l'eau emprisonnée dans les cavités.
    Sous notre climat, on remarque le mort de certains grenadiers (Punica granatum), surtout chez la forme naine.
    Parmi les disparus, on trouve également Hoheria glabrata et Quercus phellos (mais le gel est-il le seul responsable ?...).
    Les hêtres australs (Nothofagus antartica et Nothofagus procera) ont été peu touchés (quelques brûlures du feuillage). Enfin, il faut souligner la très bonne tenue des Melia (Melia azedarach et Melia toosendon). pourtant très peu répandus en France au-delà de la côte d'Azur.
    Voilà donc des essences de grand développement, réputées à tort trop frileuses qui pourraient avantageusement être propagées à Nantes.
    Quant au Sassafras ou Laurier des Iroquois son dernier bulletin de santé était particulièrement satisfaisant
  • Cristaux de glaceLes arbustes
  • Nous avons constaté tout d'abord que les arbustes persistants ont été les plus touchés. Parmi les grands disparus, on note les Callistemons, la plupart des Ceanothes, les Echium, certains Escallonias et en particulier Escallonia bifida et Escallonia revoluta, les Euryops, Grevillea rosmarinifolia, bon nombre d'Hebe, Lantana camara, Leptospermum, Lippia citriodora, quelques myrtes, les Olearias (excepté Olearia nummularifolia et quelques individus de Olearia macrodonta) , une grande partie des Pittosporum, Rosmarinum officinalis prostratus et Teucrium fruticans.
    Parmi les Hebe, Escallonias et Ceanothes, il apparaît que les formes à petites feuilles ont beaucoup mieux résisté que les espèces à grandes feuilles. Ceci concorde d'ailleurs avec les observations faites en haute altitude ou dans les régions arctiques où les végétaux les mieux adaptés au froid possèdent des limbes très réduits.
    Il est également remarquable de constater que les plantes à feuillage panaché ont été moins bien préservées des méfaits de l'hiver que les formes types. Ceci est particulièrement vrai pour les Daphne, les fusains, les houx, les troënes.
    Cette vague de froid a été aussi l'occasion de surprises agréables. Ainsi, nous avons vu fleurir au printemps quelques individus de Fremontodendron californicum parfaitement sauvegardés, malgré son origine quasi désertique (chaparal californien). Il semble d'ailleurs que les individus plantés en sol bien drainé ont beaucoup mieux résisté. Remarquable également est la survie de Cytisus battandieri (origine marocaine), Convolvulus cneorum (S.E. Europe), Erica lusitanica (Portugal), Eriobotrya japonica, le cognassier du Japon, Eucryphia x nymansensis (Amérique du Sud), Feijoa sellowiana (Brésil), Fuschia magellanica (Amérique du Sud), Hibiscus palustris, Lagerstroemia indica (Chine - Corée), Phlomis fruticosa (régions méditerranéennes), de nombreux Phormium (Nouvelle-Zélande), Romneya coulteri (Californie).

    Une des plus grandes inquiétudes pour les jardiniers nantais était de savoir comment allaient se comporter les Camellias si profondément enracinés dans leur environnement ! Nous voilà donc rassurés puisque, si l'on excepte quelques dégâts sur Camellia granthamiana et C. talliensis, toutes nos collections ont parfaitement supporté l'hiver. Il en est d'ailleurs de même pour la plupart des Rhododendrons.