Météorologie

Grêle juillet 1983

La presse, tant orale qu 'écrite, nous relata les résultats désastreux des évènements météorologiques inaccoutumés qui sévirent sur le pays nantais le 18 juillet de 18 H 30 à 19 H 15. L'orage, tel Attila, saccagea tout sur son passage. Cette catastrophe naturelle exceptionnelle entraîna le lendemain une vente inattendue de journaux locaux ; en début d'après-midi, les dépositaires nantais s'en trouvaient démunis.
L'orage débuta avec de grosses gouttes, puis quelques petits grêlons, pour se poursuivre avec une rare violence (blocs de glace de 4 à 5 cm de diamètre). Le S.E.V.E. fut sérieusement sinistré tout comme les autres biens immeubles placés sous la zone de passage de l'orage. Cependant, les espaces verts étant disséminés dans toute la ville, certains secteurs furent épargnes ; c'est le cas du Grand Blottereau avec son centre de production et d'élevage (serres du Fleuriste, pépinière) et ses serres tropicales qui abritent l'une des plus belles collections Françaises de plantes utilitaires des tropiques. D'autres, comme la place Mangin, Malakoff, Beaulieu, Procé..., n'eurent pas à déplorer de dégâts.
Le plus touché a été sans aucun doute le jardin des Plantes. Il offrait un spectacle de désolation tel un champ de bataille après le carnage. Les versants des serres, éclatés sous le bombardement des grêlons furent détruits à 90 %, soit 50 % de la surface totale vitrée. De nombreuses plantes ont été sérieusement mutilées mais "cela aurait pu être pire" disent en soupirant les gens du jardin en constatant l'état de délabrement des serres. L'équipe en place de la botanique apprécie et remercie l'effort de solidarité des autres sections beaucoup moins. Le S.E.V.E. ne pouvant attendre du secours de l'extérieur, du fait des urgences prioritaires, a dû compter une fois de plus sur des jardiniers pleins de bonne volonté qui firent preuve, cette fois-ci, de leur aptitude aux travaux de vitrier.
Sur la pelouse située au bord de la serre des Orchidées, environ 130 cratères au m2 furent comptés après délimitation arbitraire de la zone retenue. Certains cratères atteignaient jusqu'à 4 cm de diamètre avec une profondeur allant à 4 cm, voire 5 cm, puisqu'à ces endroits la pelouse se trouvait soulevée du sol. Dans la partie botanique, de très nombreuses étiquettes en plastique volèrent en éclats sous le choc des grêlons. Il va de soi que les plantes se trouvaient en lambeaux.
Dans le jardin, beaucoup d'arbres conservent dans leur ramure et leur frondaison, les blessures infligées par ce caprice du temps. En règle générale, chez les conifères, les pousses de l'année jonchaient le sol après avoir été sectionnées par les grêlons (idem au pont Carnot). Les Magnolia grandiflora connurent le même châtiment, l'un deux, le deuxième à droite de la statue Jules Verne, a perdu 90 % de son feuillage. Les grêlons firent également un jeu de massacre avec les grandes feuilles : Catalpa, Paulownia, Magnolia.., chez les arbres, Gunnera... chez les vivaces. Que dire des Viburnum odoratissimum ? Leurs feuilles furent lacérées, les extrémités des branches cassées, les écorces décollées, arrachées à l'emporte-pièce sur des rameaux de 2, 3, même 5 ans, certains subirent des décortications annulaires. 20 remorques de tracteur ne suffirent pas à évacuer les feuilles et brindilles qui recouvraient les allées, pelouses et massifs du jardin. Et les annuelles dans tout ça ? j'allais les oublier ! Faut dire qu'on les aperçoit si peu. Habituellement très riche en couleurs, le jardin a perdu sa belle parure d'été ; les fleurettes de la mi-août seront une bien maigre consolation. De nombreux martinets ainsi que plusieurs pigeons furent abattus. La grêle n'a rien épargné.
Autres lieux, autres dégâts : la toiture en plastique du bureau d'études explosa, 5 cm d'eau recouvraient le sol. Il fallait colmater les brèches du toit et celles des ouvertures. Des calques partirent à la dérive. A la Beaujoire, "Rocflor" essuya également cet orage dévastateur, les vivaces en perdirent leurs couleurs et les pommiers leurs pommes. Les endroits sinistrés ne manquent pas, il n'est pas de mon propos de tous les énumérer.
Le bilan est lourd. Devant notre impuissance à parer les coups de ce genre, il ne reste plus qu'à panser les plaies. Il y aura sans aucun doute des effets secondaires néfastes sur de nombreuses plantes et sur l'Index Seminum de 1984 qui perdra à son tour quelques feuilles, suite à une récolte de graines (arbres et arbustes principalement) sérieusement compromise.