Faune

Les oiseaux du Jardin des plantes

  • un article de Pierre Gurliat jardinier au Jardin des plantes
  • Un jardin urbain pour l'observation des oiseaux
  • Le jardin Botanique, outre son histoire et ses nombreuses collections végétales, peut être un site d'intérêt pour l'observation de l'avifaune. Au coeur de la ville et d'un accès facile, il permet l'accessibilité d'un large public vers le monde végétal et peut être le premier contact avec la vie sauvage voir le premier souvenir ornithologique.
    A la différence d'un marais, où il faut parfois prendre de multiples précautions pour observer les oiseaux, au Jardin des Plantes, c'est le contraire : Il suffit de s'asseoir sur un banc afin de pouvoir observer et écouter une dizaine d'espèces. L'intérêt de ce jardin réside aussi dans le fait qu'il a été façonné entièrement par la main de l'homme et ce depuis maintenant 150 ans, dans sa forme actuelle et qu'il est entièrement inclus dans la ville, sans aucune relation avec l'extérieur, contrairement au parc de Procé (coulée verte de la Chézine) ou encore au parc de la Beaujoire (l'Erdre).
  • Avec l'aménagement des parcs et jardins, l'influence humaine joue un grand rôle.
  • Elle favorise la venue de certaines espèces :
  • Par la construction de bassins et cascades : Martin pêcheur Alcedo athis, Bergeronnette des ruisseaux Motacilla cinerea.
  • Par le choix des plantations de conifères : Roitelet huppé Regulus regulus, Mésange huppée Parus cristatus, d'arbres feuillus : Pinson des arbres Fringilla coelebs, Verdier d'Europe Carduelis chloris.
  • Par l'entretien de la taille des arbres et arbustes, par la plantation de massifs floraux estivaux : Chardonneret élégant Carduelis carduelis.
  • Par l'entretien régulier des pelouses : Bergeronnette grise Motacilla alba, Hirondelle rustique Hirundo rustica.
  • Par la présence de pelouses bordées de massifs d'arbustes et d'arbres évoquant des clairières : Merle noir Turdus merula, Grive musicienne Turdus philomelos, Etourneau sansonnet Sturnus vulgaris.
  • Elle favorise parfois le lâcher involontaire de nouvelles espèces sans en mesurer les conséquences : Poule d'eau Gallinula chloropus qui ont perdu leur instinct sauvage.
  • Une grande diversité végétale au bénéfice de l'avifaune
  • La relation entre végétation et avifaune est primordiale, les végétaux assurent un rôle essentiel, ils sont la base de la nourriture et aussi parfois pour la reproduction (nidification...) :
  • Dans leur régime alimentaire : les oiseaux granivores : Pinson des arbres Fringilla coelebs, Verdier d'Europe Carduelis chloris se nourrissent principalement de graines toute l'année (la majorité sont hivernants sous nos contrées). Pour les oiseaux insectivores (la majorité sont migrateurs ou estivants), ces espèces s'alimentent d'insectes à la belle saison, ces derniers se sont développés grâce à la végétation. Pendant les migrations ou pour les quelques individus hivernant dans nos régions les oiseaux insectivores n'hésitent pas à faire le complément par des graines, des fruits. Au bout de la chaîne alimentaire les prédateurs (les rapaces) ne pourraient subsister si un maillon venait à disparaître.
  • Pour la grande majorité des oiseaux le nid est construit avec des végétaux : mousses, branchettes... Certains font un nid très élaboré : Roitelet huppé Regulus regulus, Troglodyte mignon Troglodites troglodites, Pie bavarde Pica pica. D'autres exécutent une construction plus sommaire avec seulement quelques branchettes assez instables : Pigeon ramier Columba palumbus, Tourterelle turque Streptopelia decaocto. Quelques uns ubiquistes s'adaptent à différents végétaux ou constructions humaines : Troglodyte mignon Troglodites troglodites, d'autres plus spécialisés à un type de végétal Roitelet huppé Regulus regulus avec les conifères. Quelques-uns se spécialisent à une partie de l'arbre : Grimpereau des jardins Certhia brachydactyla, Sitelle torchepot Sitta europea, et toute la famille des pics...dont la morphologie s'est adaptée.
  • Certaines espèces participent au développement de la végétation :
  • Par la dissémination de graines : Geai des chênes Garrulus glandarius avec les glands des chênes, Grive draine Turdus viscivorus avec les graines du Gui Viscum album.
  • Par la dissémination d'organes : les lentilles d'eau collées aux pattes des hérons, des canards...
  • Une bonne adresse inscrite au registre de certaines espèces migratrices fidèles
  • En effet, au cours des migrations successives, année après année, il semblerait, d'après nos observations in situ, qu'il existe une relation étroite entre l'époque de maturation des fruits de certains végétaux du Jardin des Plantes et les haltes pour réapprovisionnement en nourriture des certaines espèces d'oiseaux. Ainsi, observe t'on chaque mois de novembre la grive musicienne dans les ifs, en décembre la grive mauvis dans les houx, en mars la fauvette à tête noire dans les aralias... Ces observations posent l'hypothèse de la mémorisation d'une information vitale et de sa transmission aux générations successives d'individus appartenant à des populations d'une même espèce d'oiseaux en cours de migration.
  • Un lieu refuge où de nombreuses espèces ont été inventoriées
  • En dehors des oiseaux se reproduisant dans le parc, le Jardin des Plantes a aussi un rôle important pour l'avifaune urbaine des environs.
    Il permet de trouver :
    un site de repos dortoir : Pigeon ramier Columba palumbus dans les cèdres,
    un site pour l'alimentation : Martinet noir Apus apus, Hirondelle rustique Hirundo rustica,
    un site de recherche de matériaux pour la construction des nids : Etourneau sansonnet Sturnus vulgaris, Pigeon ramier Columba palumbus
  • Au cours de l'hiver, dans un parc intra-muros, les températures sont moins froides. La différence entre le jour et la nuit est moins contrastée, la végétation est plus précoce, les prédateurs naturels sont moins nombreux, permettant ainsi aux oiseaux de fournir beaucoup moins d'efforts pour supporter les rigueurs du climat.
De 1993 à 2002, les oiseaux ont été recensés, semaine après semaine.
  • 69 espèces ont été observées, soit visuellement, soit par l'écoute. Il a été considéré et comptabilisé tous les oiseaux posés ou survolant le jardin :
  • 23 espèces sont nicheuses régulières chaque année. C'est à dire que des indices de nidification ont été détectés (transport de matériaux pour la fabrication du nid, transport de nourriture, becquée, juvéniles non volants...).
  • 7 espèces se sont reproduites occasionnellement.
  • 40 espèces sont hivernantes, c'est à dire observées au mois deux fois sur le site entre la mi décembre et le début de mars.
  • 3 espèces sont migratrices strictes, c'est à dire observées uniquement lors des migrations : Pouillot fitis Phylloscopus trochillus, l'Alouette des champs Alauda arvensis. L'une d'elles effectue une migration en boucle, elle n'est observée que lors du passage post-nuptial : Gobemouche noir Ficedula hypoleuca.
  • Certaines espèces nichent dans l'enceinte du jardin, mais sont observées en plus grand nombre pendant les migrations : Fauvette à tête noire Sylvia atricapilla, Pouillot véloce Phylloscopus collybita.
  • D'autres espèces sont hivernantes et sont observées davantage durant les migrations : Roitelet triple bandeau Regulus ignicapilla et parfois même en arrivée massive Mésange noire Parus ater.
  • Quelques espèces sont nicheuses, hivernantes et également observées en grand nombre durant les migrations : Grive musicienne Turdus philomelos, Merle noir Turdus merula, Pinson des arbres Fringilla coelebs...
  • Mais aussi des individus nichant au Jardin des Plantes vont passer l'hiver dans des contrées plus accueillantes au sud et pendant ce temps là sont remplacées par des individus de la même espèce ayant niché dans des pays plus nordiques : Rouge-gorge Erithacus rubecula.
  • Certaines espèces vivant habituellement dans des milieux très différents de celui-ci ont été observées ou entendues plusieurs fois : Bécasse des bois Scolopax rusticola (lors d'hivers froids), Martin-pêcheur Alcedo athis, Rousserole effarvate Acrocephalus scirpaceus...
Ce travail représente un témoignage de ce qui s'est passé pendant dix ans dans l'enceinte du jardin des plantes.Tous les oiseaux cités dans ce petit travail sont facilement observables à l'intérieur du jardin. Dans cet espace de verdure apparemment fixe, tout participe d'un mouvement parfois imperceptible à nos oreilles et pour nos yeux d'êtres humains mais sachons apprécier cette diversité pour pouvoir la transmettre aux générations futures.