Environnement

La ville, un écosystème extraordinaire

"Faire avec la nature le moins possible contre",
a écrit le paysagiste Gilles Clément concepteur du jardin du musée des Arts premiers quai Branly (Paris).

Cet enjeu de développement durable se pose singulièrement dans l’espace urbain, et avec lui quantité de questions : Quelle place pour la nature dans un environnement essentiellement minéral, en proie à une densité élevée et à la pollution ?
Quelle perception en avons-nous dans une société où la nature spontanée, ce que nous appelons par exemple « les mauvaises herbes », semble le signe d’un espace mal entretenu, pour ne pas dire sale ?
N’avons­nous pas tendance à confondre le « propre » avec ce qui est lisse, inerte, aseptisé ?

La ville, des biotopes extrêmement variés

Non, la ville n’est pas un désert biologique. Ceci vaut autant pour la nature « cultivée » que pour la nature « spontanée ». Bien entendu, il ne s’agit pas de laisser pousser n’importe quoi n’importe où, mais de comprendre que la ville est aussi un ensemble de biotopes : la diversité de sa végétation mais également sa faune, son sous-sol, ses caractéristiques physiques et chimiques, ses eaux, son relief, son climat donnent vie à notre espace urbain qu’on ne saurait résumer à du béton et du bitume.
Il nous faut admettre qu’elle comporte sa part de nature « sauvage », en harmonie avec celle que nous cultivons. Le temps des bacs à géraniums sur les ronds-points et autres alibis de verdure est révolu. La ville n’est plus antinomique avec la nature, y compris la nature spontanée.
Cependant, elle a ses impératifs qui appellent une gestion raisonnée du patrimoine naturel. Depuis les années 80, certaines grandes villes comme Nantes se sont dotées de plans de végétalisation, en créant des continuités vertes, en adoptant des techniques d’entretien plus douces, en augmentant et en diversifiant les espaces verts.

Créer des corridors verts

L’un des points forts de ces plans de végétalisation sont les corridors verts. L’objectif consiste à renforcer les connexions entre les espaces verts intra-muros et les ceintures vertes périurbaines. Ces continuités biologiques, qui offrent une véritable régénérescence de la flore et de la faune en ville, se développent à Nantes. La Loire constitue le principal corridor écologique, auquel il faut ajouter les vallées humides du Cens, de la Chézine, de l’Erdre et de la Sèvre.
Tous ces corridors convergent vers le centre, rejoignent les squares et les parcs urbains, créant ainsi un tissu de milieux naturels très différents. Vus de près, les rues forment des « canyons » et les boulevards des vallées. Le pavage, les murs, les remblais sableux (très présents à Nantes), sont autant de biotopes rocheux avec leur flore et leur faune spécifiques. Pour l’anecdote, notons qu’un chevreuil a été récemment observé traversant un soir l’Erdre à la nage… Ces corridors écologiques sont à présent pris en compte dans les documents réglementaires d’urbanisme, les Plans Locaux d’Urbanisme (PLU) et les Schémas de Cohérence Territoriale (Scot). Désormais, il est possible de se balader en pleine ville presque sans quitter un itinéraire vert. En phase avec l’émergence des modes doux de déplacement, ils répondent à une demande croissante de nouveaux styles de vie urbains. Ces coulées vertes sont à découvrir. Régulièrement, le SEVE organise des balades à thème : les randonnées d’arbre en arbre ont ainsi connu un grand succès. Mais plus généralement, ces corridors écologiques redessinent notre paysage urbain. Les citadins disposent d’une plus grande palette de formes et de couleurs. Le fleurissement est de moins en moins plaqué artificiellement sur la ville. Apparaissent au fil des saisons des arbustes à fleurs que l’on croyait disparus, des plantes grimpantes ou tapissantes, des graminées qui donnent à la ville une nouvelle beauté.

Un plan de végétalisation

Même lorsque la nature est spontanée, ce n’est pas complètement le fruit du hasard. Un document d’orientation, le Plan de végétalisation, donne sa cohérence au traitement végétal de la ville sans pour autant imposer de schéma type. L’histoire, le relief, le bâti et bien sûr les logiques d’urbanisation sont pris en compte. Selon les spécificités et les besoins de chaque quartier ou de chaque parcelle, le végétal prend des formes variées : promenades plantées, massifs étagés, clôtures végétalisées, prairies… Autant d’ambiances paysagères qui donnent du sens à un fleurissement plus harmonieux et plus généreux. Les jardiniers y trouvent l’occasion d’appliquer avec brio leurs savoir-faire, les citadins bénéficient d’un environnement plus authentique, en phase avec les rythmes saisonniers. Ce plan de végétalisation, avec l’application d’une gestion différenciée des espaces verts, permet une administration moins coûteuse pour la Ville, plus économe en eau, d’un impact environnemental infiniment moins lourd qu’auparavant.

La Petite-Amazonie

Havre de verdure entre les voies ferrées, la Petite Amazonie est un reliquat d’anciennes boires de la Loire qui se sont retrouvées abandonnées par l’urbanisation. Les trous de bombes de la dernière guerre ont creusé des mares, et ce milieu totalement isolé a protégé un paysage exubérant de saules et de plantes de marais. L’introduction de vaches écossaises Highlands Cattle permet d’entretenir la prairie. La Petite-Amazonie protège une « forêt galerie de saules blancs » considérée comme « habitat prioritaire ». Elle abrite une flore et une faune remarquables, ce qui a permis de classer ce site « Natura 2000 ». On peut y voir des insectes : l’Agrion de Mercure, le Lucane cerf-volant, le Grand Capricorne et la Rosalie des Alpes (espèce prioritaire), des oiseaux, dont le Bihoreau gris et le Martin-pêcheur… Les enjeux sont actuellement de protéger ces habitats très fragiles tout en faisant découvrir ce patrimoine inestimable en pleine ville. Des pistes sont donc explorées pour permettre d’approcher la biodiversité de ces milieux, tout en prenant conscience qu’une fréquentation excessive pourrait mettre en péril ce site naturel exceptionnel, unique en Europe dans un environnement urbain.